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En ce début d'année, un petit peu de nostalgie et de souvenirs d'enfance pour le plus beau "diorama naturel" qui soit : le nœud ferroviaire de la Bastide Puylaurent en Lozère !

C'est à la Bastide que se raccorde la branche qui dessert Mende et Marvejols à la mythique ligne Paris-Marseille via Nîmes et Clermont Ferrand. Une ligne à voie unique, non électrifiée et qui traverse des paysages somptueux : des premiers contreforts arides des Cévennes aux hauts plateaux de la Margeride et de la vallée de l’Allier... Et il est vrai que le côté modèle réduit ferroviaire avec ces décors naturels ont de quoi enchanter aussi bien le néophyte que le passionné. Grimper à la Bastide en train depuis Nîmes et Montpellier, c'est près d'une cinquantaine de tunnels, des ouvrages d'art comme le viaduc en courbe de Villefort, et un paysage déroulant à nul autre pareil. Même si les vieilles michelines rouges, les autorails bleus et les TER " jaunets " ont laissé la place à un nouveau matériel roulant climatisé avec moquette au sol, même si, chaque année, la SNCF réduit de plus en plus le nombre de trains qui passent par là... La ligne de moins en moins bien entretenue oblige maintenant le Cévenol à rouler à 10 km/h sur certaines sections…

C'est en 1874 que commence la construction des lignes de chemin de fer qui vont traverser la Lozère à l'est et à l'ouest. Pour la ligne Béziers-Neussargues, Théophile Roussel fait triompher  le tracé par Garabit, la Garde Saint-Chély, Aumont, contre  le projet de voie par la vallée de la Truyère et le Malzieu. Le rail atteignait Marvejols en 1884. L'autre ligne, celle des Cévennes, qui joint Nîmes à Clermont par Alès et Langogne, est passablement accidentée et s'élève entre Alès et La Bastide de 895 mètres en 66 kilomètres ! C'est une des premières traversées montagnardes. La ligne qui devait raccorder ces deux voies en desservant Mende ne posa pas de problèmes pour les 30 kilomètres entre Le Monastier et le chef-lieu : on n'eut qu'à suivre le Lot. Mais le tronçon Mende-La Bastide donna beaucoup plus de tracas. Après avoir décidé de percer un tunnel de 2124 mètres sous la montagne du Goulet, on s'arrêta au bout d'un tiers du parcours. On choisit l'actuel trajet par Allenc, Belvezet, Chasseradès avec une escalade jusqu'à 1216 mètres près de Belvezet. Pour protéger cette voie de l'enneigement, il fallut installer de coûteuses barrières pare-neige, puis des galeries couvertes. Et c'était loin d'être une voie rapide !   

Mais alors, pourquoi je vous parle de ce coin perdu de Lozère ? Tout simplement parce que c'est ici que du haut de mes 2 ans j'ai fait mon baptême ferroviaire ! Parlez d'une aventure ! Relier La Bastide Saint-Laurent (car la gare sert à la fois à la commune de la Bastide Puylaurent et à la station balnéaire de Saint-Laurent les bains située à quelques kilomètres en Ardèche) à Chasseradès, charmant petit village médiéval situé à une quinzaine de kilomètres de là... Un enthousiasme forcené qui me faisait alors hurler avec fierté à tous les passagers : "c'est BEAU le TRAIN !" 13 kilomètres plus tard (et une bonne demi-heure après!) le voyage prenait fin mais le virus était définitivement ancré ! Aussi, au fil de tous ces étés à la Bastide, combien de fois n'allions-nous pas à la gare tous les soirs à 19 heures pour voir le Cévenol de Marseille croiser celui de Paris tout en assurant quai N°2 la correspondance avec la micheline en direction de Mende et Marvejols ! Une effervescence de quelques minutes, dans le grondement des moteurs diesel, des voyageurs qui changent de quai ou qui attendent l'autocar de la station thermale et puis, tout d'un coup, plus rien, le vide, le silence... Et le petit village de retourner dans son calme montagnard, où l'on n’entend maintenant plus que le vent dans les sapins...

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